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    Impermanence, quand tu nous tiens…

                                                           © Clo Hamelin 

    L'impermanence m'étreint, il n'y a qu'elle. 

    Tout change toujours, chaque matin, c'est différent, 

    le chemin n'est jamais le même. 

    Même notre corps change, c'est un fleuve, mouvant, fluctuant.

    Cela est plutôt rassurant, vous ne trouvez pas ? 

    On peut tout refaire chaque jour, tout peut arriver, sans suite extrême, 

    à moins d'avoir commis un hold-up ou un crime, là se serait la continuité 

    dommageable dans l'espace-temps. 

    Quand on est là, présent à ce que l'on fait, cette impermanence est tangible, 

    chaque petite seconde de geste, chaque petite attention à verser le thé, 

    à préparer le frichti du soir, sans penser, être là, juste là, 

    chaque petit mouvement pris consciemment dans son ampleur, 

    chaque parole dite avec un souffle authentique, 

    chaque décision tenue pour certaine parce que l'on y croit, 

    chaque regard dirigé vers ceux que l'on aime avec tellement de bienveillance… 

    
C'est tellement bon, la vie n'en est que plus délicieuse.


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    Une si petite lueur

                                                                            © Clo Hamelin 

     

     

    Saisir la réalité du monde.

    Faire entendre à chacun, l'évidence du trajet,

    l’adéquation des mots, pertinence du choix...

    Cette belle intuition, est-ce la sagesse ?

    qui vient du plus profond, que l’on nomme à l’envie 

    hasard, coïncidence, conjoncture, coup de dés,

    les décrets intérieurs de son être secret.

    C'est lui-même, cet allié sous le voile, qui se sert

    de ces traits ordinaires pour être incognito.

    Ce grand être caché que certains nomment Dieu,

    ou tout autre grand mot pour qui l'on s'est battu,

    et versé tant de sang.

    Et surtout prendre garde de ne plus s'affoler,

    de ne plus tenir tête, et d’ainsi s’aheurter,

    et cesser de brandir tout du long de ce sens

    une morgue suintante, un contentement narquois,

    une haine des autres, et tout d'abord de soi.

    Une culpabilité dont l'origine est trouble

    et qui remonte à loin, de toute éternité.

    Être plutôt gracieux, au sourire véritable.

    A l'attention tenace pour ne pas se blesser.

    Et ne plus accabler de sa propre ignorance

    son voisin de barrière, sous un autre costume,

    qui est semblable à nous.

    C'est tout un édifice qu'il nous faudrait refaire.

    Nous sommes des milliards survivant à genoux.


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                                       © Clo Hamelin

     

     

    La petite araignée qui m'a surprise un matin, étirant tout naturellement

    son fil du bord d'une boîte de couleurs m'en a appris tant sur elle en une fin de journée.

    Elle était là, à se balader, rapide, mobile d'un endroit à l'autre.

    De ces araignées sauteuses qui disparaissent à la vitesse de la lumière.

    Reej m'a soumis l'idée de l'oublier et que certainement c'était l'occasion, enfin, de régler mon problème avec les araignées.

    Sinon, que je m'en débarrasse tout simplement. Qu'il fallait que ça s'arrête cette phobie.

    Je l'écoutais, du moins j'essayais.

    J'avais deux choix pour m'en débarrasser, la saisir avec un bout de quelque chose, ou… la tuer.

    Essayant de l'oublier, je continuais mon pastel. Mais je la sentais dans le coin, je la voyais du coin de l'œil, sautillant, faisant de brusques demi-tours, s'arrêtant, fixe, sur place, les antennes bases vibrant aux ondes du terrain, se dirigeant comme guidée par les flots de lumière lui arrivant. Je craignais à un moment d'inattention l’instant où son minuscule corps sauterait sur mon pull pour s’y enfouir et graviter jusqu’à mon cou. Fantaisie du mental…

    J'essayais de la saisir avec un morceau de papier doux, ramassé dans une des boîtes de couleurs, mais aussitôt elle m'échappa et sauta sur le mur d'en face. S'arrêtant comme paniquée, les sens brusquement bouleversés, le cœur battant.

    Je finissais par l'oublier, elle n'était plus à se balader sur le rebord de la table. Je ne la vis plus. Elle devait être blottie dans un coin, assommée. Je pouvais dessiner en paix.

    Puis elle réapparut sur l’arête du papier. Elle s'engagea sur le dessin.

    Bon voilà autre chose.

    Je présumais que c'était les muses qui m'envoyaient un petit insecte pour l'inspiration.

    Elle grimpa sur la lampe et se dirigea vers l'abat-jour là où il fait plus chaud. Lieu idéal pour tisser une toile. Mais non, vacillante, elle fit demi-tour et entrepris de descendre la rampe.

    A petits pas ambulatoires, elle arpenta l’acier chaud. Il fallait que je m'en débarrasse. Je n'arrivais plus à travailler.

    L'examinant de plus près, je m’assimilais un instant à elle.

    Elle était là, à l'aventure, cherchant je ne sais quoi, de la nourriture peut-être. Elle était jolie, brun clair, un trait vertical lui barrant le dos, de minuscules antennes. Elle était petite et courte comme une voyelle. Je la trouvais bien téméraire d'être là. Je n'étais pas encore prête pour la cohabitation avec l’arachnide.

    C'est avec un déterminisme sapien que j'allais à la cuisine et déchirais un morceau de papier, puis je saisissais l'endroit approprié pour l'attraper. Plus par impatience que par volonté de la tuer, je la recouvris du papier avec toute la fébrilité et le dégoût inspirés par la peur de la sentir entre mes doigts. Son corps craquant sous ma peau.

    Je retournais à la cuisine pour la flanquer par la fenêtre ou du moins son rebord, ouvris le papier pour constater de l'état de la bestiole.

    Bon ben, je l'avais écrasée.

    Pardon…

     


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    Rides lisses

                      © Clo Hamelin 

     

     

    On a de vilains mots pour dire la vieillesse,

    Baderne de croûton, croulant de toute espèce,

    Perte d’autonomie, retombé en enfance…

    Ô enfance si chère qu’elle est toujours en liesse.

    Ténacité sénile d’un pépère troisième âge…

    A tout ces mots grinçants, apport d’un héritage,

    A la géronte caduque et dégénérescente,

    J’affectionne plutôt la vioquerie transcendante.

    A petits mots précieux, pour ne pas encombrer,

    On dira cher ancêtre, patriarche, vieux routier.

    J’honore la vieillesse, ou du moins l’appréhende,

    Car je suis à sa porte en princesse froissée

    Par des heurts si soudain et des bonheurs intenses

    Que nul ne saurait me faire escamoter.

    Sillons de rides de mon allègre vie,

    Où s’écoule une eau pure sur une terre de peau,

    Encore vermeille et lisse,

    Baignée par tant de feux,

    Changeants en l’occurrence.

    Nous ne sommes pas vieux,

    Nous sommes juste omniscients,

    Equipés d’un savoir que le bel âge ignore.

    Et pourtant, la verdeur possède en elle l’acquis

    Crapahutant déjà dans ses anciennes vies.

    Réjouissons-nous, nous sommes de passage.

    Nos printemps reviendront, ainsi que nos outrages,

    Notre nubilité fera le lit de l’âge.

    Toutefois, il est chose que nous devons comprendre…

    Et ne nous trompons pas, car cela est étrange,

    Tant que nous n’aurons pas saisi nos archétypes,

    Nous reviendrons encore remettre le couvert,

    Et danser sous la lune… et penser à l’envers.


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